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Mes romans

VIP-Blog de pierrearthur
  • 1 article publié
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  • 1 visiteur aujourd'hui
  • Créé le : 11/05/2010 15:18
    Modifié : 11/05/2010 15:34

    Garçon (63 ans)
    Origine : Belgique - Middelkerke
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    Roman "Cinéma Century"

    11/05/2010 15:34

    Roman





    CINEMA CENTURY

    Danse de mort mélodramatique et cinématographique






    A Philippe Lemaire
    1927 – 2004












    Pierre Henri Dubois.
    Terminé le 11 février 2009



    Si vous aviez rencontré Michel en ce mois de juillet 1962, il vous aurait paru aimable, heureux de vivre et sa jeunesse lui donnait droit à une certaine beauté. Cette beauté qui n’est pas éclatante mais qui est évidente sous le regard des gens plus âgés. Il était grand et mince, les yeux marron, la barbe forte qu’il rasait avec peine et qui réapparaissait quelques heures à peine âpres le rasage. Il ignorait probablement ses atouts de séduction et qui il était vraiment.

    Il avait vingt quatre ans, la vie l’avait favorisé, il ne manquait de rien. Son travail en tant que gérant du cinéma Century à Ostende lui plaisait et lui laissait beaucoup de loisirs. Il ne lui manquait que l’amour, un amour peu ordinaire, quelque chose qui serait une révélation profonde et intime. Mais comme cet amour n’arrivait pas il décida de le fabriquer, de le construire à l’image de ces films qu’il adorait. Mais avec qui construire et partager cet amour, il l’ignorait. A quoi ressemblerait cet amour ? En somme il s’en fichait, il était certain d’une chose, cet amour serait le sien et son œuvre.

    Il n’aimait pas le partage, il se savait manipulateur et il en utiliserait toutes les ressources. Il adorait transformer, tordre la matière qui était les autres, façonner des personnages.
    La nouvelle vague dans le cinéma français était, il est vrai, sa principale source d’inspiration. Jeanne Moreau, Jean-Paul Belmondo, Anna Karina, Jean Luc Godard et François Truffaut le séduisaient, il voulait les respirer, les vivre et les rejoindre dans l’imaginaire. Il voulait être fort et vivre intensément, la médiocrité l’inquiétait, l’humilité et la modestie, qu’il disait être le refuge des imbéciles, avaient droit à tout son mépris. « Le mépris », un titre, un film de Godard d’après un roman d’Alberto Moravia, mettant en scène une Brigitte Bardot belle et prodigieuse, évoluant sous le soleil de Capri l’entrainait dans la dérive de ses chimères, lui donnait le gout de cette vie teintée de morbidité, de drame et d’amour absolu.

    Michel regardait tous ces corps allongés sur la plage, le soleil les colorait doucement, les caressait. Ce dimanche après midi sentait bon les vacances, cette foule qui envahissait la plage ne le dérangeait pas, il aimait regarder, observer les autres avec cette étrange envie de les posséder de les toucher, de les garder pour lui, des les ressentir. Il soufrait déjà de cette absence de sensation sans se rendre compte que ce vide serait le guide invisible de toute sa vie.

    Un petit groupe d’amis le suivait partout. Ils attendaient de lui la décision, le mot d’ordre du jour, celui qui faisait pour eux le jour et la nuit et qui les entrainait dans les rêves lourds de Michel, toujours à deux doigts de la réalité.

    Ce soir comme presque tous les soirs ils se retrouveront à la villa des dunes, une maison très grande et presque sans meuble que Michel louait à l’année afin d’y passer de longues heures de repos et de jeux, entouré de la tribu, bercé par la musique de Mille Davis, de Barbara et Françoise Hardy.
    Son deuxième repaire était l’appartement situé au dessus du cinéma, sa garçonnière en somme, il n’y invitait jamais plus d’une personne à la fois et avait baptisé ce lieu «  le laboratoire ».


    1


    Il se plaisait à traquer son invité et d’en faire si possible sa victime pour une dissection morale, voulant tout savoir sur cette personne afin d’en découvrir les failles. Les forts il ne les retenait pas sachant qu’ils ne feraient jamais partie de sa cour. Mais il adorait ceux qui tombaient sous son charme et satisfaisaient sa mégalo.
    L’appartement rassemblait tout ce qui parle du cinéma, une foule de livres, de revues, des bobines de films entreposées dans les coins et une multitude d’affiches annonces.
    Un portrait géant de Bette Davis jeune, trônait dans la pièce de séjour. Il aimait cette femme étrange qu’il refusait d’imaginer vieille, il avait vu tout ses films et pour lui elle était belle.

    La chambre meublée exclusivement d’un énorme lit garni de draps noirs, tout comme les murs tendus de toile noire, était décorée uniquement de portraits en noir et blanc de James Dean .Il aimait Dean tout comme il aimait Bette Davis, il le trouvait très beau et de même qu’il refusait la vieillesse de Bette Davis il refusait la mort de Dean. Dean vivait dans son cœur et il l’aimait comme le frère qui lui manquait.
    Cette curieuse tanière au dessus de la salle de cinéma était son véritable univers mais plus encore la salle de projection elle-même. Cette salle inaugurée dans les années trente avait gardé tout son mystère avec ses lumières tamisées, ses tapis épais, ses sièges de velours. A l’arrière de la salle les loges avaient été conservées et restaient le repère des amoureux. La scène encadrée de deux colonnes avec ses deux jeux de rideaux l’éblouissait, un rideau de voile sur l’écran apparaissait quand la tenture de scène s’ouvrait lentement pendant que la lumière descendait doucement. Il se surprenait souvent à caresser cette tenture vert olive du revers de la main avec une certaine tendresse.

    Fou de ce lieu mythique il ne se lassait pas, dès l’ouverture de la salle, de déambuler dans le cinéma, de surveiller la qualité de la projection et ce malgré la présence alternée de Daniel et Alain qui étaient d’excellents projectionnistes ? Ceux-ci étaient surnommés les jumeaux sans qu’ils soient frères pour autant mais une troublante ressemblance nous donnait ce sentiment.
    Michel adorait taquiner les ouvreuses, Jacqueline, Mimi et Alberte, qu’il avait engagés non pour leurs qualités intellectuelles, ce qu’il ne jugeait pas nécessaire, mais pour ce plus qu’elles dégageaient en marchant et parlant à la clientèle. Mimi avait une voix rauque et masculine et Michel se régalait de l’entendre dire « vos billets svp, pour le balcon l’escalier à gauche, bonbons caramels, chocolats glacés……
    Souvent, après la dernière séance, avant d’éteindre les lumières il allait s’asseoir au premier rang du balcon et rêvait en regardant le rideau de scène fermé qui masquait l’écran de sa projection privée.

    L’heure était à la plage, en cet après midi un soleil ardant donnait à ce lieu cette atmosphère particulière de vacance. Michel regardait Muriel……
    Elle n’avait rien d’une sainte, elle était une de ces jeunes femmes a qui, semblait il, nous n’avions plus rien à apprendre. Elle manipulait les garçons en leur faisant espérer l’amour et les jetant ensuite comme un kleenex quelques jours plus tard. Elle était très jolie avec ses cheveux blonds coiffés à la diable, ses yeux d’un brun profond toujours maquillés avec recherche. Elle avait un gout certain pour son habillement, ne négligeant aucun détail, ce qui accentuait sa féminité. Elle parlait de tout et de rien et n’autorisait personne d’interrompre l’exposé de ses pensées parfois délirantes.
    Les amis la qualifiaient de garce en disant qu’elle avait un fichu caractère, qu’elle mériterait de temps en temps une bonne leçon., mais rien de tout cela ne se passait et on continuait de l’écouter, de la suivre, de la supporter avec ravissement.

    2
    Elle avait quittés ses parents pour chez Michel s’installer à la villa où elle régnait désormais en maitresse de maison.
    Elle avait vingt trois ans, travaillait avec force dans une agence de publicité où là aussi sa présence particulière avait opérée.
    Muriel n’avait pas de loi, elle était la vie, une vie vibrante, elle rayonnait et paraissait heureuse. J’aurai des enfants et un mari, disait elle et ils seront heureux et beaux ;…
    Michel en écoutant de tels propos ne disait rien tout en se demandant s’il serait ce mari attendu.

    Michel n’avais jamais dit qu’il l’aimait, il avait la faveur de Muriel mais ressentait la précarité de cette relation, il savait qu’elle pouvait à tous moments lui échapper.
    Aux yeux des copains ils formaient un couple, comandant la galère représentée par la villa.

    Parler de Muriel sans évoquer son frère ne serait pas la description complète de son personnage. Elle adorait son frère, homme lunaire, totalement irresponsable de la plus part de ses actes. Elle l’imposait partout, sans lui pas de Muriel, ils formaient un duo qu’il fallait accepter et surtout il était obligatoire de les aimer tous les deux. Pierre-François, le frère aimé, était très beau, blond du type scandinave, le visage anguleux, des yeux profonds, une bouche charnue et bien dessinée, un mètre quatre vingt dix et d’allure athlétique. Il passait une grande partie de son temps dans la salle de bain à se contempler dans les miroirs, il était évident qu’il souffrait d’un narcissisme exacerbé.
    Concernant sa conversation ses silence étaient plus éloquents que ses mots, il imposait sa présence sans rien apporter et ce par la volonté de sa sœur qui le couvait comme un enfant, le privant de son autonomie.

    Au fond de lui même Michel adorait Pierre-François, il attendait de cet être taciturne je ne sais quelle complicité. Il était le frère secrètement désiré et lui donnait une attention constante et paternelle. Il avait besoin de paterner, un sentiment parfois si fort qu’il en devenait douloureux ; Cette douleur il la ressentait au ventre comme le désir de porter un enfant.
    Il ne le tutoyait jamais, il se plaisait de le vouvoyer en se souvenant de la voix d’Arletty dans le film « Les enfants du paradis » lorsque celle-ci s’adressant au bandit Lacenaire, le nommant par son prénom avec cette intonation inoubliable « Vous, Pierre-François…. ». Pour Michel ce vouvoiement n’était pas un jeu mais une manière de séduire le frère de Muriel, de se l’accaparer de la même manière qu’il voulait la posséder.
    Son obsession de se créer une famille le forçait de rassembler des gens autour de lui. Les savoir chez lui et habitant la villa lui donnait un sentiment de force et de réussite. Muriel et Pierre-François, sous son toit, le confortait dans son besoin d’aimer et de posséder les êtres.
    Pourtant Muriel et Pierre-François n’avaient aucun besoin de lui et pouvaient à tout moment lui échapper.
    Il y avait aussi les autres locataires, un peu paumés, arrivés là par accident et séduits aussi par le trio de tête.








    3
    Chapitre 2 «  Les locataires »
    _________________________
    Lorsqu’il découvrit la « Villa des Dunes » grande bâtisse carrée peinte en rose et dominant la mer, il fût immédiatement séduit par le lieu, un peu isolé, en retrait de la route qui longe la côte. Le soleil ce jour là était généreux et la maison dégageait une odeur d’iode et de sel, cette odeur que l’on retrouve dans ces maisons de vacance qui n’ont plus été habitées depuis la saison dernière. Il visita la maison avec l’employé de l’agence de location qui ventait les mérites du lieu. L’émotion fût forte lorsqu’ils pénétrèrent dans le grand salon, une pièce immense, vide et blanche avec une grande baie vitrée donnant sur la mer. Trois salles de bain, quatre chambres à coucher, une grande cuisine, un grenier fantastique et le sous sol aménagé en petit appartement. Il signa le bail, le prix du loyer était exorbitant, mais qu’importe, il disposait d’un petit héritage de famille et son salaire de gérant du cinéma Century à Ostende était suffisant pour lui permettre une telle folie.

    Quelques temps au paravent il avait discuté de ce projet de maison avec des amis qu’il affectionnait tout particulièrement et leurs avait proposé de s’installer tous ensemble dans une maison, il se chargeait de découvrir la tanière idéale.
    Un jeune ménage, Rudy et Alberte, furent enchantés de la proposition, ils cherchaient depuis longtemps un logement qui répondrait à leur budget, la proposition de Michel tombait à pic.
    C’était un couple bien sage et très classique, elle vingt trois ans et institutrice en école primaire et n’ayant pu jamais trouver du travail dans sa branche avait été engagée comme ouvreuse au Century, c’était une belle jeune femme longue et mince, cheveux blonds, un nez d’aigle comme Barbara, exprimant ses avis sur tout et sur rien, lorsqu’elle parlait il était impossible la faire taire, un peu effacée toutefois elle se tenait dans l’ombre de son jeune mari. Ils s’étaient mariés un an au paravent. Ils avaient fait connaissance dans un bistro avec des camarades, une discussion sur l’homosexualité des femmes avait fait monté le ton, Rudy et Albert s’étaient fâchés, celle-ci l’insulta de petit con, elle décrocha une forte gifle et dès ce jour ils ne se quittèrent plus, la gifle fût le détonateur de leur amour. Rudy, vingt cinq ans, un mètre quatre vingt dix, filiforme et déjà les cheveux rares, de petites lunettes et un teint de fonctionnaire des postes, il ne dégageait pas une apparence de grande joie, il avait une culture musicale prodigieuse, à vingt cinq ans il connaissait tous les opéras, adorait Mozart et le jouait volontiers au piano pour les grandes émotions des soirées d’hiver à villa, il enseignait la musique pour un salaire de misère mais se rattrapait financièrement en gérant une galerie d’art à Bruges, la profession de Rudy impliqua la présence d’un piano à queue dans le grand salon. Ils s’installèrent dans le sous-sol capable d’accueillir dans ce lieu calme un éventuel berceau. Michel et Muriel avaient choisis Rudy pour se qualités de musicien et son érudition, il était de bon ton d’avoir un tel ami et il leurs était utile pour paraitre dans les salons et soirées mondaines dont Rudy avait la grande clé. Ils représentaient aussi le petit couple conventionnel, ils étaient parfaits pour la villa. Alberte travaillait par obligation en tant qu’ouvreuse au cinéma de Michel et remplaçait bien souvent la troublante caissière « Monqiue », des son vrai nom Albert Lejeune, travesti permanent et non opéré.

    France, vingt deux ans, petite jeune femme alerte au nez rond et toujours vêtue d’un imperméable couleur mastic, ignorant jupes et robes, de profession chauffeur de poids lourds, qui n’aimait pas les hommes, mit quatre jours pour déménager sa collection de chapeaux et investit l’ensemble du grenier où elle s’installa. Elle quitta très peux de temps après la villa pour se mettre en ménage avec une de ses collègue.


    4

    Michel et Muriel occupaient le rez- de chaussée en maitres incontestés du navire. Celui-ci était composé d’une immense pièce de séjour avec une grande baie vitrée donnant sur la mer et les dunes, ce salon était aussi le centre de la demeure où il était indispensable de séjourner et de partager les repas entre amis. La chambre de Michel et Muriel donnait sur l’arrière pays et l’on apercevait de la terrasse arrière les campings et chalets de vacance.

    Le premier étage fût occupé par Bette, l’amie de toujours de Michel, 6O ans, grande et sèche, assez fardée, fantasque et veuve, toujours vêtue d’une jupe longue jusqu’aux pieds agrémentée d’un éternel chemisier à lavallière. Nous ne vîmes jamais les jambes de Bette, le long restait de rigueur en toutes circonstances. Michel devint son fils adoptif et Muriel n’avait qu’à bien se tenir, Bette ne supportant rien de Muriel mais se taisait bien souvent pour ne pas peiner Michel. Sa passion le théâtre, elle vivait de ses rentes, elle avait connus bien des hommes et son passé était chargé de souvenirs romanesques. Elle fût de nombreuses années pensionnaire du « Théatre de la Gaieté » à Bruxelles où elle menait la revue tambour battant, elle y avait connu, surtout pendant la guerre, de belles heures de gloire. Bette et Michel s’étaient rencontrés lors d’une réunion d’artistes, le courant entre eux était passé, ils avaient parlé cinéma et nostalgie.

    Le deuxième étage était celui de la « folle », Francine, dix neuf ans et échappée en moins de vingt quatre heures à sa famille lors de la cérémonie de crémation de sa mère. Ce jour là elle fit irruption chez Michel, toute vêtue de crêpe noir et dit «  je viens me distraire » ! Elle était d’un roux flamboyant, jolie, avec des yeux bleus énormes qui dévoraient son visage comme Betty-Boop. Michel aimait le personnage et aussi son élégance vestimentaire très « femme ». Elle travaillait en tant qu’hôtesse au casino d’Ostende et ne participait que très peu à la vie nocturne de la villa.

    Les voici donc les habitants de la villa, avec leurs rêves, leurs passions, leurs secrets, leurs ambitions et l’innocence de l’âge (à l’exeption de Bette, évidement !). Ils allaient tous se retrouver dans cette immense toile d’araignée tissée perversement par Michel et Muriel, qui ne leur permettrait qu’un semblant de liberté, les ficelles étaient invisibles mais les marionnettistes pourtant bien présent.

    Michel et Muriel terminaient ainsi le casting de la villa des dunes.















    5
    Chapitre 3
    -----------
    LE CINEMA
    ------------------
    24 avril 1936.
    L’ouverture officielle de la salle est prévue pour 20hoo.
    Tout est prêt pour cette grande fête; la rue commerçante où se situe le cinéma « Le Century » en plein centre d’Ostende, est parée de lumières. Il est 18hoo et déjà une foule importante de curieux se presse sur les trottoirs dans l’espoir d’apercevoir la vedette du film inaugural «  Le temps des guitares ». Tino Rossi, le chanteur Corse, la coqueluche de ces dames et charmeur incontesté, à cette époque déchainait les foules et certaines dames, dit la légende, allaient jusqu'à baiser les pneus de sa voiture !
    La 20th Century Fox, société avec laquelle la direction du Century a signé un contrat d’exclusivité, à obtenu le privilège de la visite de l’illustre Tino. Le service d’ordre est sur place car l’hystérie sera garantie à l’arrivée de la star.

    A l’intérieur du cinéma le personnel se presse de mettre fin aux derniers préparatifs au bar du premier étage où un cocktail sera offert après la projection en présence des autorités de la ville et des journalistes. Pendant ce temps le projectionniste, très nerveux fait les dernières mises au point techniques. Les ouvreuses, au nombre de quatre, ont enfilé leur nouvel uniforme bleu foncé et appris leur texte « Chocolats glacés, praline glacées ; bonbons acidulés, caramels, nougats » et aussi « Orchestre, réservés et fauteuils au rez de chaussée, Mezzanines et balcon à l’étage » cela va de soi mais il faut le dire ! Elles devront aussi veiller à la fraude concernant le prix des places, ceux-ci étant différents selon les rangées de sièges du rez-de chaussée aux balcons, pas question de changer de catégorie de place sans payer un supplément ! Madame Mireille, la bonne cinquantaine, la caissière en chef, sœur de la patronne, couverte de bijoux et maquillée à outrance pour cette grande occasion, prend place dans la caisse rutilante, située au centre de l’entrée, installe ses petites affaires et pose comme une déesse en vitrine. Liliane, petite nièce du patron tiendra le vestiaire, là au moins, dit le patron, elle servira à quelque-chose et se fera un peu d’argent ! Monsieur et Madame De Rijck, les patrons, sont tout engoncés dans leurs habits de soirée. Monsieur en smoking au col de chemise empesé, et Madame drapée dans une robe en satin noir semble attendre Tino Rossi comme pour un-rendez vous galant. Tu songes Jérôme, dit elle à son mari, dans une heure il sera là, ici, dans NOTRE cinéma, je vais probablement m’évanouir !!!!

    Monsieur De Rijck, boucher de son ex état à tenu avec son épouse, durant près de vingt cinq ans, la « Boucherie du Centre » avec un succès financier certain. Nous avons cessé le commerce de la boucherie, déclaraient ils avec beaucoup d’emphase, pour nous consacrer totalement à l’art cinématographique et ce à tous ceux qui pouvaient l’entendre. Ils pensaient aussi que l’exploitation d’une salle de spectacle serait plus lucrative et qu’ils pourraient ainsi briller en société. Des braves gens, toutefois, qui sans le savoir allaient donner à la population d’Ostende de grandes et belles heures de bonheur en projetant sur leur écran les plus belles pages du cinéma.

    La salle du Century était très belle, rien à voir avec les hangars impersonnels du 21° siècle,
    La construction de l’édifice avait été confiée à un architecte de renom. Celui-ci avait dessiné ce temple du cinéma d’une manière sobre, élégante et confortable.


    6

    Un rez-de-chaussée d’une trentaine de rangées de fauteuils de velours rouge, séparées par une allée centrale, à l’arrière huit loges destinée aux amoureux. Un balcon imposant plus important en nombre de places que le bas de la salle. Une scène grandiose encadrée de deux colonnes torses, un rideau de scène vert olive éclairé par les feux d’une rampe, s’ouvrant pendant l’entracte sur un rideau de voile qui recevait alors, avant la projection, un merveilleux jeu de lumières multicolores. Le hall d’entrée, cossu, avec ses portes capitonnées, son vestiaire et ses escaliers latéraux accédant aux balcons, était décoré de photos des studios Harcourt, portraits des grandes vedettes de l’époque. La façade imposante et étincelante était décorée de grandes toiles peintes évoquant le film présenté cette semaine et tout là haut en lettre de lumière le nom de la salle « CINE CENURY ».

    20hoo la salle est comble, les hauts parleurs Philips diffusent le dernier 78 tours de Tino Rossi, des murmures, des éclats de voix, des cris, des applaudissements, Tino est là, il monte sur la scène accueillis par Monsieur le Bourgmestre, le gens de la radio et par Mr et Mme de Rijck, celle-ci ne s’évanouira pas, il est sublime, grandiose, il est si beau !
    Les lumières s’éteignent doucement, le rideau s’ouvre lentement et laisse apparaître le voile de scène, une projection lumineuse se fait sur le rideau tandis que la voix merveilleuse de Tino chante « Maria….quand je vois te yeux le ciel est plus bleu et tout est lumineux…. »
    Le deuxième rideau s’ouvre à son tour, les actualités « Fox Movieton » son présentées, la magie du Century commence, vive le cinéma !!!.

    En cette nuit de Noel 1961 décède Monsieur De Rijck, son épouse désemparée, abandonnée par celui qui fût toute sa vie ne sait que faire, que va-t-elle devenir et…que deviendra le Century ?

    Le petit Michel fréquentait et hantait la salle depuis des années, il ne manquait aucun film et bien vite avait gagné la sympathie du personnel et de la direction. Il était au Century chez lui et avait reçu le privilège de circuler selon son gré dans les coulisses du cinéma, il passait bien des heures avec le projectionniste. Il avait aussi, quelquefois, remplacé la caissière, petit à petit il s’emparait de la salle, elle serait toute sa vie. C’est ainsi et tout naturellement que Madame De Rijck demanda à Michel d’en prendre la direction et la gérance en ce début de 1962.















    7
    Chapitre 4
    « Les parapluies de Cherbourg »

    Muriel était bouleversée par la vision du film «  Les parapluies de Cherbourg » de Jacques Demis, elle avait acheté le disque de la bande originale et le repassait en boucle. Michel avait programmé ce film pour les fêtes de fin d’année et son succès public était très important. Cette histoire très simple avait troublé Muriel. Cette jeune fille amoureuse d’un jeune homme devant partir pour deux ans de service militaire en Algérie, pays à cette époque en guerre, qui lui fait un enfant et qui, comme le Marius de Pagnol, tardant à revenir, est remplacé pour la bonne cause par un homme d’affaire, riche et diamantaire, qui prend la mère et l’enfant. Une très belle musique de Michel Legrand, des images parfaites et des couleurs tendres et le sourire de Catherine Deneuve, émouvante et crédible dans ce rôle, ont fait de ce film une petite merveille.

    Muriel qui attendait un enfant de Michel et devait l’épouser début janvier, senti comme un tourment l’envahir, elle avait besoin de lyrisme, de respirer à fond, de vivre follement. Elle voulait qu’on lui chante la romance et se dit que son Michel manquait de panache, toujours attaché à sa salle de cinéma, dirigeant le personnel comme il dirigeait les habitants de la villa, sans trop se soucier de sa compagne. Muriel pour qui seule une première place lui était destinée voulait être considérée hors de la ruche, son caractère égocentrique lui rendait le partage impossible. Elle devrait être une mère comme toutes les autres, l’épouse de Michel, l’ombre de Michel. Elle se dit «  finis les baisers, fini la tendresse…Ce résonnement infantile lui sembla suffisant pour attaquer et détruire de front ce qui lui donnait l’image d’un bonheur tranquille, conventionnel et terne. Pas un instant elle songea à l’avenir de l’enfant qu’elle portait et encore moins au bonheur de Michel. Celui-ci attendait cette naissance, confiant de son futur rôle de père, n’imaginant pas un seul instant que Muriel pourrait lui échapper. Il avait toujours dominé toutes situations et l’idée de l’ombre d’une défaite face à la vie ne l’effleurait même pas. Muriel retrouva ce soir là les villageois de la villa, conversant paisiblement dans le grand salon en écoutant distraitement Rudy au piano qui au dessus de la mêlée verbale retrouvait Mozart. Alberte tricotait une écharpe de couleurs vives, Bette haussait le ton car Francine ne semblait pas partager ses idées sur la cause du cinéma français sous l’occupation allemande. Pierre-François, le frère de Muriel, était arrivé le matin même avec ses bagages, elle n’avait pas jugé nécessaire d’en aviser Michel. Celui-ci venait de quitter l’institut psychiatrique où il avait séjourné depuis deux ans, il souffrait d’une certaine forme d’autisme, pas très apparente à première vue mais qui le rendait inaccessible aux autres. Pierre-François était grand, blond, fort et avait ce que l’on appelle la beauté du diable, il était affalé devant la télévision, sommeillant devant le cinéma de minuit. Michel rentrant comme chaque jour vers les une heure du matin ne participerait pas à l’effet de scène de Muriel qui allait suivre. Elle fit son entrée, une entrée théâtrale, ayant refermé bruyamment la porte du salon, elle prit la pose que prennent les cabotins du théâtre de boulevard quand ils entrent en scène afin de recueillir les applaudissements, mais en guise d’applaudissement elle eut droit à quelques petits «  saluts » discrets et sans panache. Cela dépassait les limites, trop pour elle qui enceinte rentrait seule le soir, avec un conjoint qui trainait à son travail avec je ne sais qui et tout cela face à l’indifférence des gens du lieu ! La musique des « parapluies de Cherbourg » résonnait dans sa tête, personne n’aurait accueilli Catherine Deneuve de cette façon, un stupide sentiment de vengeance lui envahit l’esprit, elle trépignait intérieurement comme une méchante gamine.


    8

    Elle s’affala dans le divan auprès de Pierre François, et sans lui jeter un regard lui demanda, Michel n’et pas encore rentré ? Non, ton Michel est au cinéma, il rentrera certainement très tard, les autres m’ont prévenus, attends le si tu veux, moi je vais aller me coucher, mais personne ici ne m’a désigné ma chambre ou du moins un coin pour dormir, comme tu peux le constater mes bagages sont encore dans l’entrée. Elle quitta le divan avec peine. Suis moi dit elle, la chambre d’ami est libre, elle est à côte de la mienne, nous devrons partager la même salle de bain si tu n’y vois pas d’inconvénient. Pierre François lança aux autres un «  salut la compagnie » qui resta sans écho, chacun ayant sombré dans une certaine torpeur qui facilitait l’indifférence. Muriel profita de la situation pour se jurer qu’elle ferait souffrir aussi tous ceux qui feraient mine d’ignorer son frère. Il était imperceptible à cette époque de déceler la dégradation mentale de Muriel, cette dégradation lente qui s’imposerait plus tard comme une terrible réalité. Voici ta chambre, je te laisse t’installer on se verra demain matin pour le petit déjeuner, bonne nuit mon petit frère chéri. Elle s’approcha de lui et lui posa un baiser sur les lèvres, il ne réagit pas, ce baiser lui rappelait son adolescence et l’attitude de Muriel à son égard ne semblait pas avoir changée.
    Elle retourna au salon et prétextant une migraine demanda à Bette une aspirine. J’en ai dans ma chambre dit Bette, viens avec moi, je comptais aller me coucher, je te donnerai la boite, tu m’en achèteras une autre demain. C’est gentil, donnes moi un verre d’eau, je dois te parler, il faut que je parle à quelqu’un, Bette il faut que tu m’écoutes. Muriel était soudain prise de tremblements nerveux, Bette s’inquiéta, elle prétexta avoir un peu froid. Tu me fais un peu peur Muriel, c’est grave ? Soudainement et d’une voix mécanique elle dit « je n’ai jamais aimé Michel, il me dégoute, il baise mal, je n’aime pas son odeur, son regard, sa bouche est mauvaise, je ne peu plus le supporter… ! Bette était stupéfaite, elle se reprit,  mais tu attends un enfant de lui, tu sais combien compte pour lui la venue de ce enfant, tu dois te tromper, tu es fatiguée, je suis certaine qu’il sera un bon père et je suis aussi certaine qu’il t’aime vraiment. Muriel baissa les paupières, son regard se promena un long moment sur les divers bibelots de la chambre….Oh, tu sais cet enfant ne connaît pas encore son père, j’ai le temps de décider ce que je ferai de lui. Bette ne trouvait pas les mots nécessaires pour calmer Muriel, elle n’était pas particulièrement une sainte mais les propos de Muriel la glaçait, comme face à un serpent elle se senti paralysée, elle comprit que Muriel avait décidée de faire du mal à son Michel et qu’elle le défendrait coute que coute ainsi que la paternité de Michel qui lui faisait caresser le rôle de grand-mère. Elle se ressaisit et dit à Muriel d’aller se coucher, nous reparlerons de tout cela demain à tête reposée, je crois que tu es très fatiguée. Sans dire un mot Muriel tourna les talons et parti dans sa chambre.














    9
    Chapitre 5
    ------------
    Qui a peur de Virginia Woolf. ?
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    La dégradation du couple Michel et Muriel troublait l’atmosphère de la villa, chacun s’isolait, se repliait sur lui-même afin d’éviter toutes discussions qui paraissaient d’avance totalement inutiles. Muriel conduisait sa grossesse en solitaire et repoussait Michel. Celui-ci, très affecté de cette situation ne partageait toutefois pas ses soucis avec les autres et gardait pour eux une attitude légère. Au fond de lui-même il regrettait amèrement que Muriel ne ressemblait en rien aux héroïnes de ses films cultes et qu’il ne lui était plus possible de l’imaginer différente, la réalité était sombre, sans intérêt et sa liaison une profonde déception.
    Son amour s’était éteint brusquement et seule l’idée qu’elle portait son enfant lui permettait d’accepter plus ou moins la situation. Il se réfugiait souvent dans le studio au dessus de la salle de cinéma, cette garçonnière, lieu mythique, chargé d’images et d’affiches de films, peuplé de fantômes et de phantasmes lui permettant de s’évader loin des réalités.

    Un soir de projection du film « Qui a peur de Virginia Woolf » interprété par Elisabeth Taylor et Richard Burton, il aperçu dans la salle le frère de Muriel, Pierre François. Celui-ci ne venait que très rarement à cette époque assister à une projection, Michel se réjouit de sa présence et le rejoignit dans la salle, il avait envie de revoir ce film en compagnie et d’en parler avec quelqu’un. Depuis jeudi et nous étions dimanche soir, il avait visionné le film cinq fois, il était totalement immergé dans son atmosphère, la musique d’Alex North l’accompagnait et lui apportait du vague à l’âme, le drame qui se déroulait sur l’écran le touchait profondément, il se reconnaissait dans les personnages, aussi bien dans celui joué par Elisabeth Taylor que dans le rôle de Richard Burton. Il s’assit auprès de Pierre-François, ne lui dit rien, avec lui ce n’était pas nécessaire, les choses se faisaient ainsi naturellement et ne demandaient jamais une explication.

    Le film attirait la foule, il était l’évènement du moment, la salle était comble. A la fermeture du rideau les spectateurs quittèrent la salle dans un curieux silence, probablement impressionnés eux aussi par cette histoire et les déchirantes dernières minutes où Martha, totalement anéanties par une longue nuit de guerre et de fureur dit à son mari, Georges, qui chantonne la continne « Qui à peur de Virginia Woolf » « Moi j’ai peur Georges, j’ai peur…… ».

    Michel et Pierre-François sortirent les derniers de la salle. Pierre-François parut lui aussi visiblement troublé par le spectacle. Tu rentres à la villa demanda Michel ? Non, j’ai besoin d’être près de toi, je ne veux pas voir les autres ce soir, restons ici, je suis fatigué et ne trouve plus le repos, veux tu t’occuper de moi ?
    Il considérait Pierre-François comme un être singulier, ce garçon qui restait des heures à ne rien faire, se prélassant dans le salon de la villa, jouissant des heures du piano de Rudy sans le quitter du regard et dépendant totalement de la bonne volonté de sa sœur sur le plan financier car il n’avait jamais travaillé, son autisme peu apparent l’autorisait de vivre ainsi aux yeux de tous. Il avait un charme indéfinissable qui n’échappait pas à Michel et pour cela il l’aimait et supportait ses attitudes lascives. Quand celui-ci demanda soudainement son aide, il fut bouleversé, allait il enfin découvrir en ce garçon énigmatique autre-chose, quelqu’un d’autre.



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    Serait-il capable de dissocier Muriel de son frère, de continuer à aimer l’un pour détester l’autre ? Ils montèrent tous deux à la garçonnière sans parler, Michel savait que toutes paroles étaient pour le moment totalement inutiles, en réalité ils ne s’étaient jamais vraiment parlés jusqu’à ce jour et pourtant il avait le sentiment d’avoir déjà partagé une grande intimité avec lui.
    Michel versa deux whisky, ajouta des glaçons et comme dans le film qu’ils venaient de voir, les fit tinter dans les verres. Seul ce bruit emplit la pièce, lancinant et rappelant la procession du Saint Sacrement. Pierre-François s’étendit sur le grand divan de cuir noir, Michel s’assit en face de lui dans un grand fauteuil profond, ils se regardaient, le bruit des glaçons dans les verres, des silences, une longue nuit commença.
    Jamais Pierre-François ne s’était confié à qui que ce soit, Michel ignorait presque tout de cet homme qui pourtant était si proche de lui. En le regardant dans la pénombre il retrouvait sur son visage les traits de Muriel, presque aussi doux que ceux d’une jeune fille.
    Serait ce l’instant de briser le miroir, de découvrir et d’afficher certaines vérités ? Il était évident que l’absence de Muriel à cet instant était anormale, il n’y avait plus de trio, elle devrait être là, elle manquait à l’harmonie de leur cohabitation. Comme il était difficile de parler, de révéler leurs secrets, ces vérités que Michel enfouissait depuis si longtemps dans son cœur et dans sa chair. Le cliquetis des glaçons dans les verres continuaient de briser un le silence. Michel mit un disque de musique de film, la musique du Mépris de Jean Luc Godard afin de compléter le tableau d’ambiance. Ils allaient s’atteindre.





























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    Chapitre 6.
    Première rencontre.
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    C’était un samedi soir, au Théâtre du Parc à Bruxelles, Michel était allé seul voir une représentation de Cyrano de Bergerac, durant l’entr’acte en commandant une boisson au bar il se trouva encadré par deux jeunes personnes, Muriel et Pierre François, qui tentaient eux aussi, parmi la foule qui se pressait au comptoir, de se faire servir. Ils étaient véritablement collés l’un à l’autre tant il y avait du monde. Muriel commanda deux coupes de champagne et pour payer elle tendit un billet de deux mille francs. L’ouvreuse lui dit qu’elle ne pouvait pas faire la monnaie, c’est alors que trop sans savoir pourquoi Michel dit que les boissons étaient pour son compte. Sans trop de manières il entendit dire en duo « merci monsieur » les sourires de ces deux jeunes à peine sortis de l’adolescence étaient si beaux, si désarmants qu’il sentit un trouble intense monter en lui, en cet instant il désirait qu’une chose, ne pas se séparer de ces deux sourires. Après quelques mots échangés, sans intérêts, ils regagnèrent leurs places pour le deuxième acte de Cyrano, sans rien se promettre. Le trouble ne le quittait pas et il ne pu plus participer au spectacle, seule l’idée de les retrouver à la sortie du théâtre occupait son esprit. Le rideau à peine baissé, il se précipita au vestiaire, sorti du théâtre et guetta la sortie des spectateurs. Quant il aperçu Muriel et Pierre-François il n’eut aucune hésitation, il se dirigea vers eux et leur proposa un souper en ville.
    Avec le plus grand naturel ils acceptèrent l’invitation et se rendirent à pied à la Taverne du passage située dans la Galerie Saint Hubert près de la Grand- place de Bruxelles. Le repas commandé l’atmosphère se détendit bien vite, Michel et Muriel se racontant tout et rien en riant parfois plus que de raison, sans doute pour cacher l’absurde de la situation et pour donner l’impression qu’ils se connaissaient depuis toujours.. Pierre-François les regardait sans rien dire, ne laissant paraître aucune émotion. Elle se raconta, elle rêvait d’un garçon qui l’emmènerait loin de ses habitudes, qui pourrait l’aimer sans l’étouffer et qui accepterait la présence de son frère qui souffrait d’un léger autisme. Michel ne souleva pas le propos de cette exigence, il avait compris en quelques instants que la présence du frère s’imposait et que conquérir Muriel étaient les conquérirent tous les deux à la fois. Michel parla beaucoup de cinéma, comme il en avait l’habitude, de ses films coup de cœur et de cette salle mythique d’Ostende qui l’envoutait. Voulez vous connaître tout cela ? Le « oui » sortit étrangement des lèvres de Pierre-François, Muriel le regarda étonnée, sembla un court instant embarrassée et lui demanda «  es tu bien certain ? Il répondit « oui » et ne prononça plus un seul mot de la soirée qui se termina par des considérations d’ordre pratiques, déjà des projets d’avenirs se dessinaient. Michel leur proposa de se retrouver à la côte dès le week-end prochain, ce qu’ils acceptèrent d’emblée. Ils échangèrent leurs coordonnées. A la sortie du restaurant Michel regarda avec attention Pierre-François, lui tendit la main et posa avec affection sa main
    gauche sur l’épaule. Il embrassa Muriel près de l’oreille, elle sentait bon « Fleur de rocaille de Caron ». Vous êtes beaux tous les deux, leur dit’il, très beaux ! Il regagna la côte comme dans un rêve, il s’enivrait de l’odeur de Muriel, de cette étrange soirée, du silence de Pierre-François. Il sentait que rien ne serait plus comme avant, que cette soirée était un gage, un avertissement de la vie pour les prochaines années.







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    Chapitre 7
    La Piéta

    Le souvenir de cette première rencontre à Bruxelles paraissait déjà perdue dans la nuit des temps et la présence de Pierre François, impassible et terriblement présent dans ce studio au dessus du cinéma, inquiéta Michel, il eut soudain le sentiment d’être pris au piège, d’être traqué comme un animal perdu. Il avait pourtant mis lui-même en scène les acteurs de sa vie et savait très bien que Muriel et Pierre-François n’étaient pas là par hasard ainsi que tous les habitants de la villa. L’alcool et la fatigue aidant il s’assoupit et traversa un sommeil agité. Il se vit confronté à Muriel, enceinte, affreusement grosse et déformée qui le menaçait d’abandonner l’enfant. Je ne suis pas un père, se disait-il, je ne serai jamais capable d’être là pour lui. Il se réveilla angoissé et en sueur. Il lui fallut un moment pour rassembler ses esprits, la grande chambre secrète au dessus du cinéma se dessina enfin, il était dans son lit, consulta sa montre, il était sept heure du matin. Pierre François dormait à ses côtés comme un enfant apaisé, les lèvres entrouvertes laissant entendre un souffle de respiration légère. Michel s’assit dans le lit pour mieux le regarder en se disant avec une étrange conviction « c’est lui mon enfant, mon fils ». La vraie vie lui échappait à nouveau, il se leva en se disant qu’il devait travailler, qu’il devrait comme chaque jour consacrer sa journée au cinéma, que la tribu attendrait bien quelques heures de plus pour recevoir de ses nouvelles. Réveille-toi, dit-il à Pierre-François en lui secouant doucement l’épaule. Celui-ci ouvrit les yeux, le regarda, lui sourit et dit «  moi je reste ici, vas retrouver ma sœur, je crois que vous avez beaucoup de choses à vous dire » je t’attendrai ici.

    Michel descendit à la salle pour régler avec les projectionnistes la programmation des jours prochains. Ce retour à l’autre vie le frappa en plein visage, ce fut comme une douche froide, le contact ave le personnel d’entretien et l’allure Punk de Jean-Luc et Patrice, les projectionnistes. Deux personnages engagés par Michel, très bons travailleurs, ne quittant presque j’amis leur poste et ignorant toutes formes de vacances. Il fallait toutefois digérer leur look, leur dégaine et un franc parlé plutôt vulgaire mêlé d’un patois de la région à coupé au couteau. Une demi heure avait suffit pour régler bien des problèmes et il décida de faire un saut à la villa en espérant bien y retrouver Muriel. Il avait tant de choses à dire, mais dirait il tout ce qu’il avait décidé de dire après l’étrange nuit qu’il venait de passer.

    La villa était en éfervessance, comme pour la veille d’une fête, toute la tribu était là, Bette accompagnée au piano par Rudy répétait un de ses succès des années cinquante, elle devait remonter sur les planches pour un gala exceptionnel et avait commandé une robe de scène en lamé noir à cet effet. Ce Gala était une soirée d’adieu du Théâtre de la Gaieté de Bruxelles qui allait fermer définitivement ses portes. Ce bon vieux théâtre de revues avait vécu et le public vieillissant ne remplissait plus la salle. Tous les anciens artistes participeraient au spectacle.
    Rudy accompagnerait Bette au piano pour trois chansons, «  Domino » « Boléro » et le curieux «  déjeuner du matin » de Prévert. Les autres, bon public, écoutaient religieusement. Michel ne voulant pas interrompre le concert s’assit discrètement auprès de Muriel. Il posa sa main sur la sienne sans rien dire, elle ne la retira pas. Quelques instants de silence, Bette fût applaudie, Muriel regarda Michel sans expression et lui dit, j’accoucherai probablement dans deux trois jours, ensuite je partirai, Bette est d’accord pour s’occuper de l’enfant, je ne t'aime pas Michel aussi ne dis pas un mot. Elle se leva, posa ses mains sur son ventre, son regard



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    était vague comme celui d’une droguée. Je te donne Pierre-François et l’enfant, moi je ne
    puis plus vous supporter. Michel se sentit faiblir, ses forces l’abandonnaient, il se précipita aux toilettes pris d’une diarrhée soudaine. Enfermé dans les toilettes il eut l’impression que pendant le temps de cette impuissance tout se décidait sans lui, quand il sortirait de ce lieu la vie aurait décidé pour lui. Malgré son caractère fort il traversait une terrible angoisse, il voulait réagir mais son corps refusait de le libérer, les douleurs au ventre ne le lâchaient pas. Quand il en sorti il se retrouva face à face avec Francine, la rouquine flamboyante et immature qui hantait la villa de ses fantaisies. Tu es malade, demanda t’elle, tu as l’air d’un cadavre ! Oui je suis malade, où est Muriel ? Je crois qu’elle est dans votre chambre avec Bette. Entrant dans la chambre il découvrit Muriel et Bette d’humeur joyeuse, ce qui contrastait douloureusement avec son état d’esprit, il vivait un drame et pénétrait dans une atmosphère de vaudeville. Toutes deux firent mine de l’ignorer en préparant la valise de Muriel. Je dois être prête pour l’hôpital, il faut que ton enfant naisse dans de bonnes conditions. Elle regarda Michel avec un sourire idiot. Bette profitant que Muriel ne la regardait pas adressa un sourire complice à Michel en imposant son silence par un doigt posé sur ses lèvres.
    Il comprit à cet instant que plus rien n’était possible entre Muriel et lui, il réalisa que son amour était une grotesque comédie montée de toute pièce et qu’il était grand temps de sauver ce qui pouvait encore être sauvé, en l’occurrence leur enfant. Quelles sont tes projets pour l’enfant, as-tu l’intention de rester ici ? Tu sais très bien que je partirai après l’accouchement, je confierai notre enfant à Bette, elle est d’accord de l’élever. Toi, je suppose, tu ne seras pas un mauvais père pour tes deux enfants ! Mes deux enfants, s’exclama Michel interloqué ! Il est bien question de deux enfants, je te confie Pierre François, je me libère enfin de lui comme je me libérerai du bébé. Elle venait de prononcer ces mots sans aucune intonation dans la voix, un ton monocorde qui ne laissait paraître aucune émotion.Bette restait muette, Michel tentant de se reprendre, de comprendre, d’être à la hauteur de cette situation incroyable qui s’abattait sur lui. Il venait de comprendre avec certitude son manque d’amour pour Muriel, incapable de prononcer une phrase juste. Bette se rendant compte de l’impasse dans laquelle il se trouvait reprit son sens pratique et invita Muriel afin de l’accompagner à l’hôpital car la naissance était imminente. Muriel n’adressa ni un mot ni un regard à Michel, sa passivité était angoissante et ses yeux trahissaient un état de démence. Au seuil de la porte elle se retourna pourtant et lui dit, je signerai tous les documents nécessaires pour te laisser l’enfant mais ne cherche surtout pas à me retrouver, après cela je ne veux plus rien savoir de vous et de votre bande de tarés. Il regarda la voiture de Bette s’éloigner vers Ostende.

    Rentré à la villa il se trouva confronté à la ruche, chacun l’interrogeant du regard. Alberte se voulant consolante s’approcha de lui » mon pauvre Michel que tu dois être malheureux ! ».Non Alberte je ne suis pas malheureux, je vais être père, et comme pour fêter
    une victoire il dit « elle s’appellera Marie Edwige, Marie pour que la Sainte Vierge la protège et Edwige en l’honneur de la grande Edwige Feuillère. Il se rendait compte de la tirade
    Théâtrale qu’il venait de prononcer mais n’en n’était pas moins fière.

    Il eut l’envie de retrouver Pierre François, celui-ci avait il connaissance des décisions de sa sœur,



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    Michel se sentit pris au piège, il eut la certitude absolue que ce plan avait été tracé depuis longtemps par Muriel et que son frère accepterait sans discussion la passation de pouvoir. Il devait en avoir le cœur net, un sentiment l’envahissait, mêlé d’angoisse et de joie et d’exaltation. Posséder un enfant et Pierre-François n’était ce pas l’aboutissement de cette aventure et de sa vie ?

    Chapitre 6 – Le père.
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    Michel se rendit à la garçonnière au dessus du cinéma. Quand il ouvrit la porte l’appartement était dans la pénombre, un nocturne de Chopin planait sur un désordre de vêtements, de bouteilles et les restes d’un repas, une odeur d’eau de toilette et une chaleur lourde, le bruit de l’eau coulant dans la douche, probablement que Pierre François se lavait. Il s’assit dans le grand divan face à un énorme miroir posé contre le mur. Il se regarda longuement, une éternité se passa avant que Pierre François se présenta nu devant lui, regardant Michel avec une curieuse intensité dans les yeux, il apparaissait là superbe. Il s’assit de côté sur les genoux de Michel avant même que celui-ci puisse réagir. La scène était grotesque pour quiconque l’aurait découverte. Maintenant j’ai un père dit doucement Pierre François, je n’en ai jamais eu. Quand Michel leva les yeux vers le miroir il eut l’étrange vison de voir, tenant dans ses bras ce corps d’homme, la Piéta de Michel Ange, il posa en signe de possession sa main droite sur la poitrine du sacrifié. Tout cela ne dura qu’un court instant, la scène qui venait de se passer l’avait foudroyé et mis dans état de panique. L’absurdité de la situation, mélodramatique à l’extrême le paralysait, ne sachant que dire, que faire, tenant sur ses genoux cet homme nu et étrange. D’un geste brutal il le repoussa, se dirigea vers la fenêtre et resta un long moment sans rien dire, contemplant les lumières de la rue et l’enseigne du cinéma. Un silence lourd s’était installé, Pierre François restait prostré et recroquevillé sur lui-même dans le divan et Michel ne trouvait pas les mots libérateurs qui pourraient les aider à s’expliquer, il sentait bien que sa vie en cet instant avait basculée et que les années d’insouciances étaient terminées. Habille toi et rentre à la villa dis Michel à Pierre François qui attendait probablement une réponse à son étrange demande et qui a cet instant restait sans écho.

    Michel descendit à la salle pour fuir la situation et rencontra Madame Mireille la caissière qui venait de terminer son service, il était près de neuf heure. Très coquette et toujours désireuse de plaire à Michel; elle l’accapara un long moment pour parler de choses et d’autres concernant le cinéma. Il ne l’écoutait pas vraiment, encore étourdi de ce qu’il venait de se passer. Je vais voir la fin du film, excusez moi. Entré dans la salle il s’assit au dernier rang pour voir Elvis Presley chanter sous le soleil d’Hawaii. Fan d’Elvis il avait vu tous ses films et se rappelait le jour de la sortie du Film « Loving you » à Bruxelles où au cinéma des Variétés il était resté au quatre séances. Le « The End » sur l’écran le ramena à la réalité, il aida à la fermeture de la salle et se rendit ensuite à la Villa des dunes.

    Il était près de minuit et l’ensemble des locataires était allé se coucher. Entré dans le salon il vit Bette, assise dans une demi obscurité qui écoutait un disque de Barbara, accompagnant sa rêverie d’un verre de whisky et d’un nuage de fumée. Ne voulant pas briser l’atmosphère il l’embrassa sans rien dire et s’assit auprès d’elle, il attendit la fin de la chanson « La solitude » avant de prendre la parole. Pierre François est rentré ? Oui et dans quel état de nerfs, tu l’as fait pleurer je crois, il s’est précipité dans sa chambre en disant que tu es un salaud, il a claqué la porte et depuis plus un bruit, je n’en sais pas plus.


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    Il lui raconta, sans omettre le moindre détail, ce qu’il s’était passé au studio ainsi que l’étrange demande de paternité que lui avait fait Pierre François. Elle écouta tout cela avec un étrange sourire. Il y a quelques heures que je suis rentrée, ma journée fût longue et surprenante et tu viens de la couronner par le récit de ton étrange soirée.
    Viens dit’elle, suis moi je dois te montrer quelque chose. Entré dans la chambre de Bette il découvrit avec stupeur un berceau et la petite Marie Edwige qui dormait. Muriel a accouchée avant-hier, elle ne désirait pas ta présence et comme prévu elle m’a laissée la petite, elle fera tout le n&e

    Commentaire de zhengwei (28/12/2010 04:46) :

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